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Le regard de l'autre...

  • Dans la mouvance du vivant

    Il m'a été donné de découvrir le travail de Marie Lechat en 2003. Je travaillais alors à la conception de la troisième Biennale du Bijou Contemporain de Nîmes, édition qui déclinait la thématique « Le lien au corps ». Le principe de cette biennale était d'installer les pièces contemporaines dans les salles d'exposition de divers lieux muséaux en confrontations/rencontres avec les collections permanentes, collections qui permettaient d'offrir au public une lecture sur les propositions et réflexions d'autres époques et/ou d'autres cultures. J'étais associée aux équipes des divers musées pour établir la sélection des pièces contemporaines. Nous avions fait le choix de lancer un appel à candidature au niveau international pour élargir notre sélection initiale d'artistes.
    A la réception du dossier de Marie, nous avons découvert avec beaucoup de plaisir son travail d' « architectures ornementales » en fin tubes d'argent. D'emblée, il est apparu évident qu'il nous importait de présenter ses pièces à notre public. Et, immédiatement nous avons compris que sa place toute désignée était au sein du Musée des Beaux Arts, dans la salle des primitifs italiens, lieu où l'ensemble des peintures parle d'un corps magnifié et sacralisé par l'ajout d'objets (auréoles, couronnes, voiles...). Et notre public n'a pas démenti notre choix.
    Ses pièces, dépassant largement le champ traditionnel du bijou, proposaient un nouveau statut au corps. Elles intégraient une de ses dimensions fondamentales, celle du mouvement, le guettant pour mieux le souligner, le surligner, le prolonger, l'agrandir, le glorifier et -peut-être- le contraindre. Hors même de la présence du corps porteur, leur dimension sculpturale laissait filtrer la pertinence silencieuse du propos de l'artiste, tandis que la qualité de leur facture démontrait toute l'attention portée au détail pour imposer une fluidité globale. Ses architectures graphiques griffonnées en quelques lignes épurées créaient un espace dans lequel et autour duquel le corps en mouvement ne pouvaient rester ni anonyme, ni indifférent.
    Ce n'est que plus tard, en découvrant ses premières pièces que j'ai compris combien le mouvement et sa dynamique étaient au cœur même de la recherche de l'artiste. A bien y regarder, dès ses débuts on perçoit combien elle ne peut envisager une surface sans mouvement, un volume sans rythme, conduisant le spectateur vers une exploration visuelle quasi dansée. Ses plans s'ornementent de gravures mouvantes, ses formes fuient discrètement l'immobilisme par des courbes sensibles … et cette préoccupation conduit de manière évidente à l'abandon de la surface au profit de la structure et de ses seules lignes, à l'oubli du volume construit au profit du dessin dans l'espace.
    C'est encore ce même mouvement, cette même rythmique qu'elle a mis en œuvre dans ses premières sculptures tubulaires. En semblant délaisser le corps, en n'en usant plus comme d'un prétexte à sa recherche, en l'abandonnant elle s'est autorisée à le laisser se dire dans son fondement : le geste, l'impact, le croisement, la rencontre, l’éclatement et ses sculptures, contre-point sensibles aux mouvements du spectateur sont devenues des entités ayant un corps qui leur est propre. Des corps auxquels, aujourd'hui, elle offre une musique d'accompagnement comme pour nous rendre mieux témoins de notre rapport inextinguible au mouvement, à une rythmique vitale qui danse avec l'imprévisible de la vie et dessine des errances en quête d'harmonie.

    Monique Manoha – Mars 2009
    www.polebijou.com

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